Le CHU avant-gardiste dans le dépistage systématique de cytomégalovirus des femmes enceintes.
Le CHU avant-gardiste dans le dépistage systématique de cytomégalovirus des femmes enceintes.
Depuis juin 2025, les recommandations de la HAS préconisent le dépistage systématique de l’infection à CMV au 1er trimestre de grossesse. Le CHU de Brest et son territoire, forts d’une expérience de plus de 2 ans, sont prêts à gérer efficacement les dossiers.
En effet, un protocole local a été développé il y a 2 ans par le Dr Anne-Hélène Saliou, gynécologue-obstétricienne, coordinatrice du CPDPN, en association avec le Dr Léa Pilorgé, biologiste au Laboratoire de virologie, avec le soutien du CNR de Necker. Ce dépistage participe à la prévention de la transmission virale au fœtus et par conséquent à la prévention de malformations et séquelles chez les nouveau-nés. Le réseau Hôpital-Ville constitué offre un circuit d’échanges d’informations très fluide et très performant et une harmonisation des techniques de diagnostic.
Le CMV est un virus à ADN de la famille des Herpesviridae. C’est un virus ubiquitaire dont le réservoir est strictement humain. Il se transmet par contact avec les fluides biologiques infectés (salive en particulier), ou verticalement de la mère à l’enfant par voie transplacentaire, à l’accouchement ou via l’allaitement.
Chez la femme enceinte, la primo-infection est asymptomatique dans 90 % des cas ; un tableau pseudo-grippal ou un syndrome mononucléosique peuvent être observés dans les autres situations. L’immunité vis-à-vis de ce virus étant incomplète, des réinfections endogènes suite à une réactivation virale ou une infection par une autre souche sont possibles.
La dangerosité du CMV pendant la grossesse est liée au risque de transmission au fœtus et d’infection congénitale.
En France, 54 % des femmes en âge de procréer sont séronégatives vis-à-vis de ce virus et l’infection pendant la grossesse est fréquente (1 à 4 %). Le risque de transmission materno-fœtale en cas de primo-infection maternelle est élevé ; il a été estimé récemment entre 22 % au cours de la période périconceptionnelle et 42 % à partir de la fin du 1er trimestre. Ce risque serait bien moindre en cas de réinfection maternelle (1,4 %). L’infection congénitale à CMV touche au total 0,4 % de tous les nouveau-nés en France, constituant l’étiologie la plus courante des infections congénitales.
Le pronostic de cette infection congénitale est déterminé par le trimestre lors de l’infection fœtale. Des publications ont montré qu’après une primo-infection maternelle, seules celles acquises au 1er trimestre de grossesse étaient à risque de séquelles, estimées entre 51 et 57 %. Le CMV est ainsi la première cause non génétique de surdité.
En 2020, plusieurs publications centrales ont montré l’efficacité du valaciclovir administré à forte dose chez la femme enceinte (8g/j) pour prévenir la transmission materno-fœtale du virus dans 2/3 des cas de primo-infections du premier trimestre.
Plusieurs pays européens ont recommandé dans ce contexte le dépistage systématique des primo-infections à CMV au 1er trimestre de grossesse et leur prise en charge thérapeutique (décembre 2023 en Italie, juillet 2022 en Grèce).
En France, jusqu’en juin 2025, le dépistage systématique n’était pas recommandé et seuls les CNR du CMV à Necker et Limoges et de rares centres (Paul Brousse) le pratiquaient et proposaient aux femmes infectées le traitement par valaciclovir.
En janvier 2023, suite à l’observation les mois précédents d’un nombre croissant de dossiers présentés au CPDPN du CHU de Brest pour des primo-infections à CMV et qui auraient été éligibles au protocole de traitement utilisé au CNR CMV, le Dr Anne-Hélène Saliou, gynécologue-obstétricienne coordinatrice du CPDPN, en association avec le Dr Léa Pilorgé, biologiste au laboratoire de virologie, ont développé avec le soutien du CNR de Necker un protocole local de dépistage systématique du CMV au premier trimestre de grossesse et de traitement des primo-infections afin d’en faire bénéficier les femmes enceintes du territoire.
Ce protocole a été présenté aux professionnels de santé de la région (gynécologie, SF, biologistes, pédiatres) à des fins d’information et de formation à plusieurs occasions (Journée du CPDPN mars 2023, Gynobs juin 2023) et un audit de bonnes pratiques a été réalisé par le Dr Saliou dès août 2024. En outre, un réseau Ville-Hôpital a été créé entre le laboratoire de virologie du CHU de Brest et les laboratoires privés du territoire en vue d’harmoniser les outils de dépistage et de raccourcir les délais de rendus de résultats, permettant de traiter les patientes dans les temps.
En juin 2025, lorsque les recommandations de la HAS ont préconisé un revirement français en instaurant le dépistage systématique de l’infection à CMV au 1er trimestre de grossesse, le CHU de Brest et son territoire, forts d’une expérience de plus de 2 ans, étaient prêts à gérer efficacement les dossiers. L’analyse des dossiers présentés au DAN entre 2013 et 2025 est en cours afin d’évaluer l’impact de ce protocole de dépistage à Brest, notamment sur le taux de transmission materno-foetale du CMV (travail de mémoire de DES et de thèse d’exercice de l’interne de gynécologie-obstétrique Christopher Gris et de l’interne de biologie Eva Lobligeois, respectivement).