ETUDE AQUATIC : Gestion de l'aspirine chez les patients coronariens chroniques nécessitant une anticoagulation au long cours
La question scientifique posée
La maladie coronaire chronique (i.e. stabilisée) nécessite un traitement préventif par antiagrégant plaquettaire, le plus souvent de l’aspirine à faible dose, prescrit à vie. Ce traitement réduit le risque de formation de caillots (thromboses) et protège contre la survenue d’un nouvel accident cardiaque.
Toutefois, nombre de ces patients reçoivent un traitement anticoagulant au long cours, notamment en cas de fibrillation atriale (le trouble du rythme cardiaque le plus fréquent).
Chez ces patients qui cumulent une maladie coronaire chronique et la nécessité d’un traitement anticoagulant, une question importante se pose au quotidien : faut-il maintenir l’aspirine en plus du traitement anticoagulant à long terme ? Cette combinaison pourrait renforcer la prévention des caillots, mais pourrait aussi augmenter le risque de saignements.
Cette interrogation est particulièrement importante chez les patients les plus à risque, pour lesquels une protection optimale est nécessaire.
C’est précisément pour répondre à cette question que cette étude a été menée.
Une étude nationale inédite
AQUATIC est une étude académique née de la collaboration assez unique de 3 projets hospitaliers de recherche nationaux (PHRC) déposés en 2018 par les CHU de Brest (Pr Martine Gilard), Lille (Pr Gilles Lemesle) et Nîmes (Pr Guillaume Cayla).
C’est la première fois que 3 CHU unissent leurs projets pour en faire une seule étude de recherche clinique financée majoritairement par des fonds publics du ministère de la Santé.
Des réseaux de recherche mobilisés
Pour mener à bien ce projet d’envergure, les investigateurs principaux ont pu compter sur l’appui des 3 grands réseaux académiques français de recherche en cardiologie :
- le réseau F.A.C.T,
- le groupe A.C.T.I.O.N,
- et la Société Française de Cardiologie.
La conduite méthodologique et statistique de l’étude a été assurée par le Pr Eric Vicaut (Unité de Recherche Clinique Lariboisière-St-Louis, Paris).
Les résultats de l’étude.
L’étude a été menée dans 51 centres de cardiologie en France. Au total, 872 patients atteints d’une maladie coronaire chronique, à haut risque de récidive, et traités par anticoagulants y ont participé. Le suivi médian a été de deux ans.
L’étude a été arrêtée de manière anticipée car les différences entre les groupes étaient marquées. Ainsi, l’ajout d’aspirine n’a offert aucune protection supplémentaire sur le risque de récidive par rapport au traitement anticoagulant seul. En revanche, une augmentation significative des hémorragies a été observée avec l’ajout de l’aspirine. De manière importante, le pronostic des patients sans aspirine était significativement meilleur.
L’impact des résultats de l’étude pour les patients
Les résultats de l’étude AQUATIC sont clairs et pourraient modifier les prochaines recommandations internationales de cardiologie en notifiant que pour les patients coronariens chroniques, y compris pour ceux qui ont un risque élevé, l’aspirine ne doit pas être prescrite à long terme en plus du traitement anticoagulant lorsque celui-ci est nécessaire notamment pour une fibrillation atriale.
Au-delà de son apport scientifique, cette étude illustre aussi la réussite d’une collaboration assez unique entre 3 CHU avec le soutien des réseaux de recherche Français de cardiologie. C’est la première fois qu’un tel travail conjoint est mené dans le cadre des projets hospitaliers de recherche clinique (PHRC).