À Brest, un pôle d’excellence pour détecter les troubles psy des jeunes

CHU de Brest
11/03/2024
bulle texte interview

Basé au Centre Hospitalier Universitaire de Brest, un pôle va permettre une prise en charge précoce des ados et jeunes adultes. « Plus on agit vite, meilleur est le pronostic ».

 

Au CHU de Brest, un service de pointe est spécialisé dans le repérage et la prise en charge de troubles psychiatriques chez l’adolescent et le jeune adulte. L’objectif : repérer le plus tôt possible certains symptômes afin de prévenir des pathologies plus graves et éviter une hospitalisation. 

 

Pourquoi est-il important de repérer le plus tôt possible les troubles psychiatriques ?

« Parce que c’est souvent entre 15 et 25 ans que peuvent se déclarer des troubles psychiatriques graves, informe Christophe Lemey, psychiatre pour adolescents et jeunes adultes. Et que plus on agit tôt, plus les chances de réparation ou de rétablissement sont importantes. » Détecter les troubles avant l’entrée dans la maladie permet de diminuer voire d’éviter une hospitalisation, elle favorise l’insertion sociale au lycée ou à l’université et les risques de rechute sont moins importants.

 

Comment repérer certains troubles et quand consulter ?

Les psychiatres observent que deux à cinq ans avant la maladie, il y a l’émergence de symptômes qui peuvent donner l’alerte. Parmi eux : l’anxiété, la dépression, l’auto-agressivité, le repli sur soi. Parfois, cela se transforme en hallucinations avec l’émergence d’idées délirantes. « Pendant longtemps, on évoquait ces maladies comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, précise Laure Bleton, psychiatre à l’hôpital. Mais de récentes études montrent qu’à l’inverse, des signes apparaissent même s’ils ne sont pas détectés par l’entourage car ils prennent des formes différentes. Ce qui complique les choses, c’est que l’on peut avoir ces signes sans jamais entrer dans la maladie. » Lorsque ces troubles mentaux deviennent fréquents et récurrents, il faut consulter. En France, 3 % de la population souffre de troubles psychotiques.

 

Quelle est la particularité du pôle psychiatrie de Brest ?

Deux centres ont été créés à l’hôpital Morvan. Le centre de détection et d’intervention précoce (Cevup) propose une prise en charge personnalisée des patients âgés de 15 à 30 ans qui présentent un risque de développer un trouble psychotique. C’est un pôle d’excellence thérapeutique qui dépend de l’Institut de psychiatrie.

Par ailleurs, l’UniTEA (Unité d’accueil et d’accompagnement des troubles émergents de l’adolescent et du jeune adulte) propose, depuis juin 2020, un suivi spécialisé des personnes présentant un premier épisode psychotique. Cette unité vise à maintenir un lien tout au long du parcours de soins grâce à des infirmières « case manager ». Elles accompagnent le patient de façon positive, dès le début des troubles, et au plus proche de son milieu de vie, permettant ainsi de limiter l’impact de la maladie.

« Nous avons des financements spécifiques depuis 2019 qui nous permettent de mettre en place un accompagnement dans la durée, indique le professeur Michel Walter, chef du pôle psychiatrie de l’hôpital. Une dizaine de personnes travaillent dans ce pôle. Le grand changement, c’est que l’on passe d’une conception curative des soins à une conception préventive. »

 

Qui cela concerne dans le bassin de Brest ?

Depuis 2019, 172 patients ont été pris en charge par le Cevup et 74 par l’UniTEA. Entre 30 et 40 nouveaux patients arrivent chaque année. L’éventail de l’accompagnement est vaste : remédiation sociale, renforcement cognitif, groupes de parole pour les parents. « Ce qu’il faut, c’est en parler pour éviter le tabou autour de ces maladies que la société a tendance à stigmatiser, ajoute Laure Bleton. C’est aussi faire exister la maladie et lui donner un statut respectable. En parler, c’est sortir de la honte et de l’isolement. »

 

Ouest-France du 5 Février 2024