Etude

L’Etude PADIS

Etude

Une avancée majeure dans la durée du traitement de l’embolie pulmonaire

La maladie thrombo-embolique veineuse est liée à la formation d’un caillot de sang dans la circulation veineuse. Lorsque le caillot se forme dans les veines des jambes, il s’agit d’une phlébite. 

Lorsque le caillot des jambes migre vers la circulation pulmonaire en passant par le cœur, il s’agit d’une embolie pulmonaire et les patients ressentent un essoufflement ou une douleur violente dans la poitrine. L’embolie pulmonaire est la forme la plus grave de la maladie thrombo-embolique veineuse : elle touche chaque année un patient sur 1000 et la mortalité à 1 mois est de 10%, soit deux fois plus que l’infarctus du myocarde. 

Le Pr Francis COUTURAUD pneumologue au CHRU de Brest, a mené une étude relative à l’embolie pulmonaire en lien avec le Centre d’Investigation Clinique (CIC). Après dix années de travail, les résultats ont  été récemment publiés dans la 3ème revue mondiale de médecine: la revue JAMA. 

Pourquoi un traitement anticoagulant prolongé ?

Un traitement anticoagulant suivi pendant 3 ou 6 mois est suffisant chez les patients dont l’embolie pulmonaire a été provoquée par un facteur de risque majeur comme la chirurgie car le risque de récidive est alors faible. En revanche, lorsque l’embolie pulmonaire survient spontanément, sans facteur déclenchant, le risque de récidive est élevé, de l’ordre de 10% par an. Chez ces derniers, aucune étude n’avait démontré si le traitement anticoagulant devait être prolongé au delà de 6 mois car si les anticoagulants sont efficaces pour prévenir une récidive, ils exposent aussi les patients à un risque de saignement. L’objectif de l’étude PADIS EP était donc de déterminer si 18 mois de traitement anticoagulant supplémentaires étaient plus bénéfiques que risqués chez 374 patients volontaires atteints d’embolie pulmonaire spontanée. Il s’agit de la seule étude menée sur cette thématique à si grande échelle avec un suivi de chaque patient sur une durée de 4 ans au total.

Les résultats :

Une fois 6 mois de traitement réalisés, la moitié des patients a reçu le médicament, l’autre moitié un placébo pendant 18 mois. A 18 mois, le médicament a été stoppé et les patients ont été suivis pendant 2 ans. Le premier résultat est que tant que le traitement anticoagulant est poursuivi, le bénéfice sur la prévention des récidives est majeur sans sur-risque hémorragique ; en revanche, une fois le traitement stoppé, le bénéfice est perdu, les patients traités 18 mois de plus ayant un risque de récidive aussi élevé que ceux ayant été traités 6 mois. Le deuxième résultat est que les récidives se produisent en majorité pendant les 12 mois qui suivent l’arrêt de traitement ; au delà, les récidives sont moins fréquentes et la reprise d’un traitement n’est alors pas justifiée. Ainsi, dans le contexte d’une embolie pulmonaire spontanée, soit le traitement doit être poursuivi indéfiniment, soit stoppé à 6 mois, mais il n’y a pas de bénéfices à allonger temporairement le traitement sur 2 ans ou même 1 an.

Des analyses supplémentaires sont en cours pour identifier précisément quels patients devraient être traités à vie d’emblée et quels sont ceux pour qui 6 mois de traitement est suffisant.

Quels retours pour les patients ?

Cette étude va contribuer à l’amélioration de la prise en charge future de tous les patients qui présentent une embolie pulmonaire, soit 40 à 50 000 patients chaque année en France. Si un traitement est prescrit pour une durée indéterminée, le patient est alors suivi une à deux fois par an, pour réévaluer les bénéfices et les risques, poursuivre l’éducation thérapeutique et évaluer la qualité de vie. Si le traitement est stoppé, les équipes médicales doivent rester disponibles pour tout conseil de prévention ou en cas de suspicion de récidive. L’étude a aussi permis de démontrer que l’embolie pulmonaire représente un traumatisme psychologique sévère pour les patients qui expriment une angoisse importante pour l’avenir et les projets personnels et une perte de confiance. 

Dans quel contexte un patient peut-il être traité à vie ?

La décision est prise en fonction du risque de récidive si arrêt de traitement, du risque hémorragique si poursuite du traitement mais aussi en fonction de la préférence du patient. L’étude PADIS met donc fin à de nombreux débats portés sur le thème de la durée des traitements et va renforcer la recommandation internationale qui était plutôt en faveur d’un traitement prolongé mais sans preuve formelle. L’ensemble des laboratoires d’analyse bretons a participé à cette étude. 

Les résultats complets vont conduire à une refonte des recommandations nationales.

L’étude est académique : elle a bénéficié d’un financement à hauteur de 700.000 €.

Contact : 

Pr Francis Couturaud
Département de médecine interne et pneumologie EA 3878, CIC INSERM 1412, IFR 148 Hôpital de la Cavale Blanche CHRU de Brest
29609 BREST cedex
Tél : 02 98 34 73 47
Fax: 02 98 34 79 44